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L'EFFET

COMBATTANT

En attendant que le monde s’apaise et que la surface se lisse, ils ont tout fait pour survivre.

Ils n’ont plus peur d’avoir peur.

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L'EFFET COMBATTANT

BOGDAN

J'ai 16 ans quand ils viennent nous chercher.

Nous ignorons qui ils sont et d’où ils viennent, mais ils ont des projets. Ils cherchent à conduire des expériences génétiques sur nous afin de faire de nous des super-soldats. Des monstres. Issus du laboratoire secret d’une organisation tout aussi secrète. Mais une chose est sûre : ils ne pourront pas m’atteindre. Ils ne réussiront pas à me briser. Je ne suis pas seul. Et à partir de maintenant, je vais tout faire pour survivre.

JE N’AI PLUS PEUR D’AVOIR PEUR.

La première édition de L’Effet Combattant (Padurea Tenebroasa) a été officiellement dépubliée de toutes les plateformes en mars 2025. Une réécriture est en cours avec une nouvelle couverture et un nouveau titre. Impossible à dire quand il sera à nouveau disponible, mais n’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez un exemplaire en attendant.

L'EFFET COMBATTANT

QUI SONT LES PROTAGONISTES

MAGDA

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IRINA

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EXTRAIT

"L'OMBRE D'IRINA"

PROLOGUE

Raconter une histoire, ce n’est pas simplement lister des faits. On ne se contente pas de donner un début, un milieu et une fin. C’est l’évolution de la personne qui les vit. D’où elle part, où elle est maintenant et tout ce qu’elle a traversé entre les deux. Pour certains, il est difficile de mettre des mots, des couleurs ou même des images sur ces épreuves. Beaucoup ont besoin de quelqu’un pour conter leur histoire, les aider à laisser leur marque dans le monde.

CHAPITRE 1

Mon père adorait ce poème.

“La forêt est belle, profonde et sombre,

Mais avant de m’endormir,

Il y a tant de chemin encore à parcourir.”

Imaginez une clairière au cœur de la Transylvanie ; la lumière du soleil qui décline lentement à travers l’épaisse canopée, créant des taches dorées sur le sol terreux. Au centre, plusieurs roulottes aux couleurs vives, certaines richement décorées de sculptures sur bois et de motifs peints, d’autres plus modestes, mais tout aussi pleines de caractère et datant d’un vieil héritage, le tout cerclé par des petites maisons sans prétention.

Une douce fumée s’élevait d’un feu de bois crépitant, autour duquel des familles s’asseyaient sur des couvertures colorées ou des tabourets en bois pour se raconter des histoires ancestrales. L’odeur du ragoût mijotant au-dessus d’un brasero emplissait l’air, mêlée aux rires des enfants qui couraient et jouaient entre les roulottes. Des cordes à linge, tendues entre les arbres ou les roulottes, flottaient au vent, portant des vêtements aux couleurs éclatantes.

De la musique s’échappait parfois d’un accordéon ou d’un violon, entraînante et mélancolique à la fois. Les visages étaient marqués par le soleil et le vent, mais illuminés par des yeux vifs et expressifs. On pouvait percevoir un sens de la communauté où chacun a sa place et son rôle. L’atmosphère y était à la fois paisible et pleine de vie, un îlot de tradition et de chaleur humaine au milieu de la nature sauvage. La forêt sombre, profonde et dense les protégeait, offrant à la fois abri et ressources. C’était un lieu où le temps s’écoulait différemment, au rythme des saisons et des liens familiaux.

Un endroit presque idyllique, décrit comme ça, loin de tout ennui, de toute défiance politique, de tout conflit et à l’abri des catastrophes climatiques.

C’est là-bas que je vivais.

– Où est ton frère ?

Je soupirai. Mon frère cadet, Vlad, était une véritable pile électrique. Bizarrement, il disparaissait toujours à l’heure du bain, car il savait que c’était synonyme de coucher et il avait peur du noir. Une peur qui ne semblait pas se dissiper avec les années. On le retrouvait encore souvent dans le lit des parents au milieu de la nuit.

L’organisation des tâches quotidiennes voulait que mes parents s’occupent de la maison et moi de ma fratrie. Vlad arriva en courant et je l’attrapai au vol pour le jeter sur mon épaule.

– Bogdan, tu m’écoutes ? m’interpella Magda.

Assise sur la table de la cuisine, des papiers froissés dans les mains, la rouquine me toisait de ses yeux bleus, les sourcils froncés. Magda était notre voisine et avait grandi avec nous. Elle passait beaucoup de temps chez nous à ce moment-là car elle n’aimait pas rester seule, ses parents étant en déplacement allez savoir où encore.

– Moi, je t’écoute, chérie, la rassura ma mère en coupant des légumes. Continue.

– Bogdan, regarde mon dessin !

En plus de mes frères, j’avais également une petite sœur, Erika, la benjamine. Elle avait été accueillie dans le monde tel le Messie après trois garçons aussi énergiques les uns que les autres. La petite dernière n’avait pas dérogé à la règle et s’était même révélée être d’autant plus hyperactive que ses aînés. Je crois même que c’est mon père qui a insisté jusqu’à avoir une fille.

– C’est très beau, la félicita ma mère. On va l’accrocher sur le frigo !

J’emmenai Vlad à la salle de bain, pendant que celui-ci battait des bras dans mon dos.

– Bogdan, je dois rendre cette lettre dans une semaine ! insista Magda sur mes talons. Il faut que tu m’aides.

Parfois, je me demandais si on matraquait mon nom de la sorte pour me rappeler qui j’étais des fois que j’ai oublié, ou juste que quelqu’un avait décidé un jour d’en faire une ponctuation.

– Je peux me laver tout seul, s’insurgea Vlad.

Je sortis une serviette du placard et incitai Magda d’un geste de la main à poursuivre sa lecture.

– Bogdan, tu sens pas une odeur bizarre ? demanda Vasile.

Je me redressai alors en exhibant sa guenille du bac à linge sale. À tout juste douze ans, il était plus proche de moi que du reste de la famille. Vasile était mature pour son âge et avait parfois un peu de mal à trouver sa place. Il passait plus de temps avec moi et les adultes qu’avec les autres enfants. Il n’avait pas non plus beaucoup d’humour et ne semblait pas un garçon heureux. Ça inquiétait énormément mes parents qui ne savaient pas quoi faire avec lui car il les défiait de plus en plus, refusant les ordres et demandant à être écouté, respecté et pris au sérieux. Son lien avec Vlad était même quasi inexistant. Ce dernier le sentait bien et cherchait d’autant plus son approbation à lui que la mienne. Il se calquait à Vasile comme s’il était la meilleure figure masculine qu’il connaisse. 

– Ah ah, très drôle, grimaça-t-il avant de repartir en grommelant.

Un sourire fier se dessina sur mes lèvres.

Je ne peux pas expliquer pourquoi j’étais plus proche d’un frère que de l’autre. Ma complicité avec Vasile n’avait presque pas de limite, nous n’avions pas besoin de parler pour nous comprendre. Mêmes yeux, même cheveux bouclés châtain, même mâchoire carrée, même nez en trompette, mêmes taches de rousseur, nous nous ressemblions beaucoup physiquement. Malgré nos cinq années d’écart, nous faisions déjà pratiquement la même taille et passions parfois pour des faux jumeaux. Nous sommes un peu plus différents l’un de l’autre aujourd’hui, mais toujours aussi proches.

– Je peux m’occuper de moi-même, reprit Vlad en croisant les bras.

Une moue dubitative sur les lèvres, je haussai un sourcil. Oui, Vlad pouvait s’occuper de lui-même, mais ça aurait pris une heure de plus et je commençais à avoir si faim que les grondements dans mon ventre se faisaient entendre.

– Il peut s’occuper de lui-même deux minutes, souffla Magda avec exaspération.

La maison était si animée ; n’importe qui aurait trouvé ça assourdissant. Pour moi, c’était le quotidien, je n’y faisais plus attention. J’étais né bien entouré et le serai toute ma vie. J’étais de ceux que le silence angoissait et ennuyait au plus haut point.

– ”Ci-jointe une lettre de recommandation de la famille Petrescu qui appuiera mes dires”, lut Magda à voix haute. “De par la particularité de ma situation, j’ai dû me responsabiliser et apprendre à assumer chacune de mes décisions. Aujourd’hui, je suis pleinement consciente des difficultés qui m’attendent, mais seront-elles au moins synonymes de choix et de libre arbitre.”

Pendant que Vlad observait l’eau couler, je récupérai le bac à linge pour le vider dans la machine à laver, la rouquine me suivant.

– ”À la lumière de ces faits”, poursuivit-elle, “je requiers votre assistance afin de lancer une procédure d’émancipation.”

– Bogdan, revint Vasile, Papa demande si c’est toi qui as son livre de légendes de Transylvanie.

– Sur sa table de nuit, répondit Magda pour moi. Maintenant, laisse-nous, crapaud.

Elle n’avait rien contre Vasile, mais restait fille unique et pour elle, ce rythme avait des limites à ce qu’elle pouvait supporter. Je crois que j’étais même le seul garçon avec lequel elle s’entendait bien et aucune fille ne trouvait grâce à ses yeux. Trop bêtes, trop féminines, trop insouciantes. J’étais un tel caméléon que je m’entendais avec tout le monde et j’aimais tout le monde. Je pense qu’il lui arrivait de jalouser notre relation car elle aurait aimé m’avoir pour elle seule. Je ne sais pas et je ne le saurai jamais, Magda gardant tout pour elle.

Elle secoua la tête et reprit à mon attention :

– Bon, qu’est-ce que tu en penses ?

Je me relevai dans un soupir. Digérer toutes ces informations en même temps relevait du sport d’endurance.

– Tu es sûre de vouloir ça ? fis-je, soucieux.

– Tu vois une autre option ?

– Je sais pas, mais ça me semble un peu extrême, non ? Où est-ce que tu irais ?

– Ton père peut me faire entrer au Cirque métropolitain de Bucarest dès que le juge aura validé ma demande.

– Tu ne crois pas qu’il faudrait en parler à tes parents, avant ?

– Quand ? Quand ils seront de passage et qu’ils auront le temps entre deux ronflements ? Tu vois bien que c’est inutile. Je ne suis pas celle qu’ils espéraient que je sois.

– Pourquoi es-tu si dure envers toi-même ? Et envers eux !

– Je ne suis pas dure, c’est la vérité, ils n’ont jamais voulu d’enfant, je ne suis qu’un hasard avec un timing pourri. Le peu qu’ils sont là, on s’adresse tout juste la parole. Et pour se dire quoi en dehors des banalités ? Ils ne s’intéressent même pas à ce que je fais quand ils ne sont pas là !

– Tu exagères, dis-je en retournant à la salle de bain.

Vlad était encore habillé et toujours pas décidé à sauter dans la baignoire. 

– Y a vraiment une odeur bizarre ! insista Vasile.

Mon capital patience était digne du guide des records et les autres en profitaient largement. Jamais je ne m’énervais, jamais un mot plus haut que l’autre. J’étais plutôt d’un genre moqueur, taquin. Aussi heureux que je pouvais l’être à ce moment-là, rien ne me perturbait. J’étais habitué à ce ramdam et ne connaissais tout simplement rien d’autre.

– Vas’, je ne sens rien, tout va bien, rassurais-je mon frère.

– Je n’exagère pas, s’insurgea Magda avec une pointe de tristesse dans la voix. Tu me soutiens ou non ?!

– Bien sûr ! Je serai toujours là pour toi. Tu sais bien que les parents te considèrent comme leur propre fille. Personne ne te laissera tomber. Quoiqu’il arrive, tu seras toujours chez toi, ici.

Notre relation n’avait rien de commun avec celle d’un frère et d’une sœur, mais j’étais carrément trop naïf à ce moment-là pour m’en préoccuper.

– Oui, mais est-ce que toi, tu resteras avec moi ?

Ça sentait la question piège. Je n’approuvais pas son choix, même si je le comprenais. Magda était livrée à elle-même depuis si longtemps, alors que moi, j’étais si proche de ma propre famille. Cette démarche d’émancipation me faisait froid dans le dos. Je craignais qu’elle le regrette un jour. Je voulais la soutenir, elle était importante pour moi et je ne souhaitais que son bonheur. Malgré sa situation, Magda ne s’était jamais plainte, à part de se sentir freinée dans son évolution de jeune femme. Elle en parlait depuis un moment, je ne pensais juste pas qu’elle irait jusqu’au bout de la procédure. Elle semblait désormais parfaitement déterminée et qui plus est, soutenue par mon père. Ça aurait dû lui suffire, l’émancipation lui permettrait de se trouver un chez-elle, de pouvoir prétendre à un salaire avec lequel elle achèterait tout ce qu’elle voudrait, notamment des vêtements neufs et à sa taille. À quel moment avait-elle pris la décision de partir, qui plus est avec moi ? Ce n’était pas ce que je voulais. Moi, je voulais rester avec ma famille. J’aimais énormément Magda et ma vie aurait été fade sans elle, mais est-ce que je l’aimais au point de délaisser mes parents ? Mes frères et ma sœur ?

Tout ça prenait des proportions extrêmes. Je n’avais pas pris le temps d’y réfléchir, elle me prenait au dépourvu alors que j’étais plus occupé que ce que mes deux mains ne pouvaient entreprendre. Accroupi devant Vlad qui attendait sagement qu’on l’aide à retirer son t-shirt, j’ouvris la bouche, sans savoir quoi répondre. Oui, non ? Imaginer une vie avec Magda, c’était au-delà de mes priorités. Nous étions encore bien trop jeunes pour se lancer dans la vie active et j’étais loin d’être aussi prêt qu’elle. J’aimais mon confort et être ici. Devais-je choisir entre elle et ma famille ? Elle aurait sûrement voulu que je n’hésite pas. Si ça ne tenait qu’à elle, on aurait été loin de ce trou depuis belle lurette. Mais si tel avait été le cas, je ne serais pas là en ce moment à vous raconter mon histoire et celle des autres car tout aurait été… différent. Dans le bon ou dans le mauvais sens, là est toute la question.

Au moment où j’allais répondre, des cris s’élevèrent de l’extérieur. J’échangeai un regard avec Magda, notre cerveau cherchant à identifier s’il s’agissait d’un cri d’excitation ou de terreur. Des pétards nous répondirent. Vasile ouvrit des yeux immenses. Pas des pétards… Des coups de feu. Mon père fit irruption dans la salle de bain, l’oeil vif et alerte.

– LES ENFANTS ! s’écria-t-il d’une voix paniquée.

– Qu’est-ce qui-

– Partez d’ici, m’interrompit-il. Tout de suite !

– Quoi ? Mais…

– Allez ! fit-il en poussant Magda vers la sortie. Pas par devant, sortez par derrière vers la forêt !

L’angoisse monta. C’était la première fois que je lisais la terreur dans le regard de mon père. La forêt, à cette heure-ci, ce n’était pas une bonne idée, il y faisait si noir qu’on ne voyait rien à deux mètres. Alors que je restais interdit, Magda prit les devants et embarqua Vlad avec elle, Vasile sur les talons. Ils s’éloignaient déjà et mon père posa ses mains sur mes épaules. Nos visages étaient si proches que nos nez se frôlaient.

– Écoute-moi bien, commença-t-il.

– Où est Mama ? bégayai-je.

– Elle est déjà partie avec Erika. Elle vous retrouvera là-bas.

– Papa, tu me fais peur.

– Tout est vrai.

– De quoi ? Qu’est-ce qui se passe ?!

– Toutes mes histoires, tout est vrai. Ne l’oublie jamais. Ne te laisse jamais surprendre, les monstres existent, mais ils ne seront pas toujours tes ennemis. Tu m’entends ?

Je tentai vainement de me souvenir de quelles histoires il parlait, il en racontait tellement tous les jours, auxquelles faisait-il référence ? La plupart du temps, il utilisait des animaux comme personnages principaux, qu’est-ce que j’étais censé retenir, finalement ? Le cœur battant, j’acquiesçai, incapable de contredire mon père tant il serrait mes épaules.

– O-oui…, fis-je à voix basse.

– Les monstres ne sont pas forcément ceux qu’on croit.

Restant muet, mon père me secoua brièvement.

– Répète-le.

– Les m…monstres… C’est pas forcément ceux qu’on croit.

– Très bien. N’aie jamais peur d’avoir peur, c’est une force. Sers-t-en pour survivre. Tu comprends ? Tu dois survivre et les protéger tous, quoi qu’il arrive.

Je pinçai les lèvres en hochant la tête. Je n’étais pas sujet au stress et je n’avais pas facilement le trac, mais rien ne m’avait préparé à ce soir-là. Je tremblais de tous mes membres.

Vasile nous appela d’une voix lointaine, couverte par un bruit d’hélicoptère. C’était difficile à croire, un hélicoptère par ici. On savait ce que c’était, on n’était un peu nomades, mais pas débiles. C’est juste qu’on était loin des routes, au fin fond de la forêt et qu’avant d’entendre un moteur qui ne soit pas un des nôtres, il fallait parcourir un paquet de kilomètres. 

– Allez, va-t’en ! me poussa mon père.

– Mais Papa, et toi ?

– Je vous retrouve dans la forêt ! Je dois récupérer quelque chose, avant.

Je voulus venir avec lui, mais il me poussa dans le couloir, m’emmenant jusqu’à la porte de derrière où m’attendaient Magda et Vasile.

Je venais de fêter mes seize ans quand ils sont venus nous chercher, terrassant nos pères, nos mères, nos oncles et grands-parents au cœur de notre petite communauté. Le ciel s’était teinté d’un rouge de mauvais augure. Le crépuscule n’annonçait pas la fin d’une longue journée, ni l’espoir de celle à venir, mais le début d’un horrible cauchemar.

Magda me prit la main pour me tirer vers la forêt qui me sembla soudain si loin. Elle était dense et dangereuse, mais personne ne la connaissait aussi bien que nous. Peu importe ce qui se passait, nous avions toutes nos chances. Encore fallait-il l’atteindre. Dehors, tout le monde courait dans tous les sens, certains interrompus dans leur élan par des soldats et rués de coups. Ils portaient des uniformes vert kaki et des armes terrifiantes que je n’avais jamais vues, même dans des films. J’étais pétrifié. Sans Magda, je crois que je serais resté planté là, à attendre bêtement, les yeux ronds d’impuissance.

Les pales des hélicoptères brassaient tellement de vent, on se serait cru en pleine tempête. Magda fut déséquilibrée et, m’emportant avec elle, je trébuchai avant de m’étaler de tout mon long dans l’herbe. Vasile, qui avait pris de l’avance sur nous tant il courrait vite, fit demi-tour pour venir nous aider à nous relever. Il me parlait je crois, me pressant tellement j’étais dans un état second, mais je n’entendais rien d’autre que les hélicoptères et les cris dans tout le village. 

Je ne me souviens pas de tout cette nuit-là, mon cerveau a occulté beaucoup de choses. J’aurais pourtant bien aimé qu’il occulte tout… sans exception. Surtout la suite.

Certains avaient déjà atteint la forêt, je les distinguais sans les reconnaître à cause de la pénombre. C’est alors que je vis deux soldats sortir de derrière un arbre en pointant leurs canons sur nous. Vasile freina si fort que je manquai de le percuter. Ma main toujours serrée dans celle de Magda, je fis volte face pour l’entraîner dans l’autre sens. Je vis alors un homme arriver droit sur nous, poussant devant lui un garçon de mon âge que j’identifiai aussitôt à son corps élancé, taillé dans le roc et à sa crinière blonde : Tibor, mon meilleur ami, et son père. Poursuivis comme nous par trois hommes armés qui hurlaient dans une langue qui m’était totalement inconnue.

– Martin ! appelai-je pour le prévenir.

Malheureusement trop tard. Le coup partit et je vis l’homme s’effondrer à mes pieds.

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L'ESPRIT

COMBATTANT

maddison

Certains d’entre eux ont la capacité de courber le temps
et de réécrire l’histoire.

Ils peuvent tout changer.